Comptabilité du micro-entrepreneur : toutes les obligations

« En micro-entreprise, il n'y a pas de comptabilité à tenir. » Cette phrase, on l'entend souvent. Elle est à moitié vraie seulement. Le régime micro dispense effectivement du bilan, du compte de résultat et de la comptabilité en partie double. Mais il impose des obligations précises : registres à tenir, déclarations à déposer, justificatifs à conserver.

Ignorer ces obligations expose à des majorations, à un redressement en cas de contrôle, ou simplement à une perte de visibilité sur son activité. À l'inverse, une comptabilité simplifiée bien tenue prend quelques minutes par semaine et vous donne une vision claire de ce que vous gagnez vraiment.

Ce guide passe en revue toutes les obligations comptables et déclaratives du micro-entrepreneur, de la tenue des registres à la déclaration annuelle de revenus. Pour la vue d'ensemble du régime, consultez notre guide complet de la micro-entreprise.

1. Le livre des recettes et le registre des achats

Tout micro-entrepreneur doit tenir un livre des recettes. C'est un registre chronologique de tous les encaissements professionnels. Pour chaque recette, il doit indiquer :

  • la date de l'encaissement ;
  • l'identité du client ;
  • la nature de la vente ou de la prestation ;
  • le montant ;
  • le mode de règlement (virement, carte, espèces, chèque…) ;
  • la référence du justificatif, en général le numéro de facture.

Pour les ventes de faible montant à des particuliers (moins de 76 € par opération), un enregistrement global en fin de journée est admis, à condition de conserver les justificatifs. Pour aller plus loin : notre article sur le livre des recettes du micro-entrepreneur détaille les mentions à inscrire, les supports admis et un modèle de présentation.

Les micro-entrepreneurs qui vendent des marchandises, des denrées à emporter ou à consommer sur place, ou qui proposent de l'hébergement, doivent en plus tenir un registre des achats. Il récapitule, année par année, le détail des achats avec leur mode de règlement et les références des pièces justificatives. Pour aller plus loin : notre article sur le registre des achats du micro-entrepreneur précise qui doit le tenir, y compris en franchise de TVA, et comment le présenter.

Ces registres peuvent être tenus sur papier ou sous forme numérique, à condition d'être fiables et non modifiables a posteriori sans trace. Notre livre des recettes et registre des achats est conçu pour répondre à ces exigences, avec des totaux calculés automatiquement.

2. Déclarer son chiffre d'affaires à l'URSSAF

Le micro-entrepreneur déclare son chiffre d'affaires encaissé sur autoentrepreneur.urssaf.fr, selon une périodicité choisie à la création et modifiable ensuite :

  • Mensuelle : la déclaration porte sur le mois écoulé et se fait avant la fin du mois suivant.
  • Trimestrielle : les échéances tombent le 30 avril, le 31 juillet, le 31 octobre et le 31 janvier.

Point essentiel : on déclare les sommes encaissées sur la période, pas les sommes facturées. Une facture émise en mars et payée en mai sera déclarée en mai. D'où l'importance de noter la date d'encaissement réelle dans le livre des recettes.

La déclaration reste obligatoire même en l'absence de chiffre d'affaires : il suffit alors de déclarer 0 €. Une déclaration oubliée peut donner lieu à une pénalité. Pour aller plus loin : notre comparatif déclaration Urssaf mensuelle ou trimestrielle vous aide à choisir le bon rythme et explique comment changer de périodicité.

Les cotisations sont calculées automatiquement en appliquant au chiffre d'affaires le taux correspondant à votre activité. Ces taux changent régulièrement : vérifiez toujours le taux applicable sur le site de l'URSSAF avant de construire vos prévisions.

3. Impôt sur le revenu : deux options

Le bénéfice du micro-entrepreneur n'est pas calculé à partir de ses dépenses réelles, mais par un abattement forfaitaire appliqué au chiffre d'affaires. Cet abattement est de 71 % pour les activités d'achat-revente, de 50 % pour les autres activités commerciales et artisanales et de 34 % pour les activités libérales (source : impots.gouv.fr).

Deux modes d'imposition sont possibles :

  • L'imposition classique : une fois par an, vous reportez votre chiffre d'affaires brut sur la déclaration complémentaire des professions non salariées (formulaire 2042-C-PRO). L'administration applique l'abattement, puis ajoute le bénéfice obtenu à vos autres revenus du foyer.
  • Le versement libératoire : l'impôt est payé en même temps que les cotisations, par un pourcentage fixe du chiffre d'affaires. Cette option est réservée aux foyers dont le revenu fiscal de référence ne dépasse pas un certain plafond. Le chiffre d'affaires doit tout de même être reporté sur la déclaration annuelle.

Le versement libératoire est souvent intéressant pour les foyers imposables dès la première tranche, moins pour les foyers peu ou pas imposables. Faites la simulation avant de choisir.

4. TVA, CFE et frais : les points de vigilance

La TVA. Tant que votre chiffre d'affaires reste sous les seuils de la franchise en base, vous ne facturez pas la TVA et ne la récupérez pas sur vos achats. En 2026, ces seuils restent fixés à 85 000 € pour la vente de marchandises et à 37 500 € pour les prestations de services. Vos factures doivent alors porter la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI ». Les règles de facturation sont détaillées dans notre guide complet de la facturation.

La CFE. La cotisation foncière des entreprises est due à partir de la deuxième année d'activité. Son avis est disponible dans votre espace professionnel sur impots.gouv.fr, et le paiement intervient en décembre. Pensez à créer cet espace dès le début de votre activité.

Les frais professionnels. En micro-entreprise, vos dépenses ne sont pas déductibles : l'abattement forfaitaire est censé les couvrir. C'est pourquoi le régime devient moins avantageux lorsque les frais réels dépassent le taux d'abattement. C'est à garder en tête si vous envisagez de recruter : le salaire et les cotisations d'un salarié ne se déduisent pas non plus, comme l'explique notre guide pour embaucher son premier salarié. Suivre ses dépenses reste pourtant indispensable pour connaître sa rentabilité réelle. Notre tableau de suivi des dépenses vous permet de les centraliser simplement.

5. Conserver ses justificatifs et se préparer à un contrôle

Factures de vente, factures d'achat, relevés bancaires, registres, déclarations : tous ces documents doivent être conservés. Le droit fiscal impose une durée de six ans, le Code de commerce dix ans pour les pièces comptables. Retenez la durée la plus longue. Pour une méthode de classement simple, voyez notre guide sur la gestion administrative d'une TPE.

En cas de contrôle de l'URSSAF ou de l'administration fiscale, on vous demandera de justifier le chiffre d'affaires déclaré. La vérification consiste souvent à rapprocher vos déclarations de vos relevés bancaires et de votre livre des recettes. Un écart non expliqué peut entraîner un redressement.

Quelques bonnes pratiques simples :

  • utiliser un compte bancaire réservé à l'activité, même avant qu'il devienne obligatoire ;
  • numériser et classer chaque justificatif dès réception ;
  • rapprocher chaque mois le livre des recettes et le relevé bancaire ;
  • suivre le chiffre d'affaires cumulé pour anticiper les seuils.

Pour ce dernier point, notre tableau de suivi du chiffre d'affaires et des seuils vous alerte automatiquement avant un dépassement.

FAQ

Le livre des recettes peut-il être tenu sur Excel ?

Oui, à condition qu'il soit tenu de façon chronologique, complet et conservé avec les justificatifs correspondants.

Faut-il déclarer le chiffre d'affaires facturé ou encaissé ?

Encaissé. C'est la date de paiement effectif qui compte, pas la date de facture.

Peut-on déduire ses frais en micro-entreprise ?

Non. L'abattement forfaitaire appliqué au chiffre d'affaires remplace la déduction des frais réels.

Un expert-comptable est-il obligatoire ?

Non. Il peut toutefois être utile ponctuellement, par exemple pour comparer le régime micro et le régime réel.

Combien de temps garder ses factures ?

Au minimum six ans pour l'administration fiscale, et dix ans pour les pièces comptables au titre du Code de commerce.

Conclusion

La comptabilité du micro-entrepreneur est allégée, pas inexistante. Un livre des recettes à jour, un registre des achats si votre activité l'exige, des déclarations URSSAF régulières, une déclaration annuelle de revenus et des justificatifs bien conservés : c'est tout ce qu'il faut pour être en règle.

Consacrez quelques minutes par semaine à ces tâches plutôt que plusieurs heures en fin d'année. Vous y gagnerez en tranquillité et en visibilité sur votre activité. Notre guide pour organiser son activité d'indépendant propose une routine hebdomadaire et mensuelle simple à tenir.

Pour vous équiper, découvrez notre livre des recettes et registre des achats. Nos prochains articles détailleront chacune de ces obligations.

Règles en vigueur à la date de publication. Pour les informations à jour, consultez urssaf.fr, impots.gouv.fr et entreprendre.service-public.gouv.fr.